Ils voulaient chanter, nom de Dieu, comme tout le monde. Alors ils se mirent à chanter. Ils chantaient dans la rue, le micro à la main et l'ampli sur l'épaule, ils chantaient le plus fort possible pour couvrir la voix du voisin. Les prostituées les rejoignirent, puis les esthéticiennes, les coiffeuses, les serveuses, les vendeuses, les secrétaires, les fleuristes, les journalistes de féminin. Elles voulaient chanter elles eux aussi. Ce fut le tour des garagistes, des ouvriers, des épiciers (...)
Les micros étaient en vente libre. On s'en procurait facilement. On les prohiba. La population ne se laissa pas faire. Un véritable marché noir du micro se développa. Des batailles éclatèrent entre les gangs rivaux, pour le monopole du trafic du micro. Dans les rues, plus personne ne chantaient: pour se faire taire les uns les autres, les manifestants en étaient venus aux mains, plus qu'aux mains: aux amplis: les manifestants s'assommaient à coups d'ampli. Il y eut des morts. Le monde n'était plus que violence. On l'avait trop abruti à coup de sitcoms, de clips, de variét'de merde. La merde n'était que sensations faciles. "On n'obtient rien de bon à inonder le monde de sensations faciles, alors qu'il a besoin de sensations fortes" avait gémi un manifestant avant de décéder, lapidé à coups d'ampli. Plus tard, on découvrit que cet homme était l'un des principaux leaders d'un groupuscule velléitaire qui campait dans les égouts et dont l'activité principale consistait à cambrioler les entrepôts où on avait planqué les derniers exemplaires restants des disques et des films interdits, puis à les compresser pour les redistribuer sous le manteau.(...) Pendants quelques minutes, avant d'être maîtrisés par les forces compétentes, puis exterminés, ils eurent le temps de pirater les ondes et de diffuser l'intégralité de la symphonie n°6 de Ludwig van Beethoven. Sans vraiment savoir pourquoi, le monde entier, devant son poste, s'était mis à pleurer. Il y avait de quoi : plus personne n'avait rien à bouffer, car les agriculteurs chantaient, les transports ne fonctionnaient plus, car les conducteurs chantaient, les commerces étaient férmés, car les commerçants chantaient. La grippe était mortelle, puisqu'il n'y avait plus personne pour la soigner. La monnaie se dévalua. On ne put recourir au troc, puisqu'il n'y avait plus rien à troquer. La violence redoubla : il n'était plus questions de chansons, il était question de survie. Dans les rues à feu et à sang, il n'y eut bientôt plus personne pour chanter. Derniers vestiges de la civilisation, la télévision et la radio cessèrent d'émettre : le monde prit fin dans un grésillement.
Les micros étaient en vente libre. On s'en procurait facilement. On les prohiba. La population ne se laissa pas faire. Un véritable marché noir du micro se développa. Des batailles éclatèrent entre les gangs rivaux, pour le monopole du trafic du micro. Dans les rues, plus personne ne chantaient: pour se faire taire les uns les autres, les manifestants en étaient venus aux mains, plus qu'aux mains: aux amplis: les manifestants s'assommaient à coups d'ampli. Il y eut des morts. Le monde n'était plus que violence. On l'avait trop abruti à coup de sitcoms, de clips, de variét'de merde. La merde n'était que sensations faciles. "On n'obtient rien de bon à inonder le monde de sensations faciles, alors qu'il a besoin de sensations fortes" avait gémi un manifestant avant de décéder, lapidé à coups d'ampli. Plus tard, on découvrit que cet homme était l'un des principaux leaders d'un groupuscule velléitaire qui campait dans les égouts et dont l'activité principale consistait à cambrioler les entrepôts où on avait planqué les derniers exemplaires restants des disques et des films interdits, puis à les compresser pour les redistribuer sous le manteau.(...) Pendants quelques minutes, avant d'être maîtrisés par les forces compétentes, puis exterminés, ils eurent le temps de pirater les ondes et de diffuser l'intégralité de la symphonie n°6 de Ludwig van Beethoven. Sans vraiment savoir pourquoi, le monde entier, devant son poste, s'était mis à pleurer. Il y avait de quoi : plus personne n'avait rien à bouffer, car les agriculteurs chantaient, les transports ne fonctionnaient plus, car les conducteurs chantaient, les commerces étaient férmés, car les commerçants chantaient. La grippe était mortelle, puisqu'il n'y avait plus personne pour la soigner. La monnaie se dévalua. On ne put recourir au troc, puisqu'il n'y avait plus rien à troquer. La violence redoubla : il n'était plus questions de chansons, il était question de survie. Dans les rues à feu et à sang, il n'y eut bientôt plus personne pour chanter. Derniers vestiges de la civilisation, la télévision et la radio cessèrent d'émettre : le monde prit fin dans un grésillement.
Lolita Pille,
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